vendredi 23 septembre 2016

La conjugaison: introduction et notion de groupes

Dans le blog 3-6 ans, vous avez vu comment nous montrons tôt la notion de verbe et renforçons l'imprégnation linguistique par les petits verbes rouges.
Lorsque l'enfant est devenu un lecteur autonome, qu'il a déjà un peu avancé dans l'étude du nom (le masculin et le féminin, le singulier et le pluriel) et qu'il a acquis au moins la notion de sujet (sous la forme de de question "qui est-ce qui?" au minimum), nous pouvons démarrer l'entrée dans la conjugaison proprement dite.

Pour cela, il faudra d'abord faire prendre conscience de l'extrême polymorphisme du verbe et de la nécessité d'utiliser une forme particulière pour en parler: l'infinitif.

Pour cela, une présentation avec plusieurs enfants sera très intéressante, sinon, l'enfant travaillera un peu plus. Il s'agit de préparer plusieurs phrases dans lesquelles nous utiliserons toujours le même verbe mais avec des sujets très variés et à des temps différents (à noter, il faut rester dans les temps simples, pas de temps composés).
Pour un seul enfant, on fera au moins 3 phrases, comme celles-ci:


Nous demandons à l'enfant d'identifier le mot qui indique ce que l'on fait dans ces phrases: "mange", "mangerons", "mangeait".

mardi 13 septembre 2016

Apprentissage de la conjugaison: la progression générale

Comme promis lors de mon dernier billet, voici un premier article consacré à l'apprentissage du français en 6-12. Ça faisait très longtemps que je n'avais pas abordé ce sujet sur le blog...
La conjugaison étant un vaste sujet, ce billet se veut une sorte de sommaire de la progression. Je reviendrai détailler les matériels évoqués dans d'autres billets.

En fin de 3-6 ans, lors de la finalisation de l'apprentissage de la lecture, nous avons mis l'enfant en contact avec la conjugaison avec le matériel des verbes rouges.
La finalité de ce matériel est bien d'être une aide à la lecture: lire correctement à les terminaisons verbales est un point important de l'apprentissage de la lecture (et souvent pas correctement maîtrisé au collège quand il a été négligé, les enfants lisant les finales de 3ème personne de pluriel en faisant sonner "an" le -ent...).
En plus de cela, il permet une première imprégnation de la conjugaison en apportant:
- la liste des pronoms personnels dans le bon ordre avec le sens de chacun
- un raccrochage des formes utilisées par l'enfant à la notion de temps verbal
- une première sensibilisation à la notion de terminaison

Pour vous rappeler comment ces points sont mis en place avec ce matériel, vous pouvez consulter le billet qui lui est consacré sur le blog 3-6 ans.

Par la suite, l'objectif est que l'enfant maîtrise la conjugaison. Cela suppose:
- la capacité d'écrire correctement la terminaison qui convient en fonction du sujet
- la capacité de trouver la bonne forme verbale
- la compréhension de la valeur des temps puis des modes à la fois pour comprendre ce que l'on lit et pour choisir correctement sa forme verbale quand on écrit (notamment le fameux choix imparfait/passé simple dans l'écriture du récit au passé, au programme entre le CM et la fin du collège)
- la capacité à identifier le temps et le mode d'un verbe conjugué, notamment pour l'orthographier correctement.

Pour arriver à cette maîtrise, nous devrons passer par plusieurs étapes.

La première constitue une base indispensable sans laquelle il est difficile de progresser.
D'abord, puisque les règles de conjugaison diffèrent d'un groupe à l'autre, il faut que l'enfant commence par savoir identifier le groupe d'un verbe grâce à son infinitif. Une présentation des groupes puis des exercices de tri de verbes sont proposés. La notion de radical du verbe sera abordé à ce moment.

tris de groupes


Parallèlement, on vérifiera que l'enfant maîtrise les notions de présent, passé et futur (notions amenées sensoriellement en 3-6) et peut les reconnaître dans des formes conjuguées. Une présentation et un tri de phrases rempliront cet objectif.



dimanche 11 septembre 2016

1ère semaine d'IEF

Notre première semaine de reprise d'IEF avec Pauline se termine. Un mélange d'habitudes et de nouveautés. Car c'est l'avantage de l'IEF de pouvoir utiliser la méthode et l'organisation de travail qui nous convient le mieux et de l'adapter dès que le besoin s'en fait ressentir.

Cette année, donc, devrait être la dernière année d'IEF pour Pauline. Elle est clairement en demande de côtoyer des enfants dans sa journée et même si nous allons tout faire pour rencontrer du monde sur Lyon, je ne suis pas sûre que cela lui suffise.
De plus elle caresse le rêve d'entrer dans une classe à horaire aménagé de danse (CHAD). Son année d'avance ne rend pas la situation facile, mais nous avons pu parler à la professeur de danse classique du conservatoire qu'elle devrait avoir cette année qui a pris note et va voir comment rendre cela possible.

Pauline s'imagine déjà en danseuse dans le Grand studio de répétition du Ballet de l'Opéra de Lyon, lors des portes ouvertes hier après-midi...

Reste maintenant à rentrer au conservatoire. Pauline a fait sa première année de danse du cursus de conservatoire à Angers et a été admise en 2ème année, mais en changeant de conservatoire, elle reste tout de même soumise au concours d'entrée, en espérant qu'il y aura de la place pour elle. Reste aussi à dégoter le certificat médical, ce qui n'est pas une mince affaire, puisqu'arrivant à Lyon, avec un médecin qui ne nous connaît pas, le petit souffle au cœur entendu pour la 1er fois cette année lui vaut de devoir passer en urgence un bilan cardiaque juste avant son concours. Emotion garantie! Même si nous sommes quasiment sûrs qu'il s'agit d'un souffle bénin, très courant à son âge, prendre un RDV 10 jours avant la date du concours a tenu de l'exploit! Maintenant, on croise les doigts pour que tout s'enchaîne bien!

Ces projets en tête, nous avons discuté avec Pauline pour organiser l'année dans l'objectif d'un passage en 6ème (classique ou CHAD) l'an prochain en douceur, tout en bénéficiant de la liberté et de la richesse que nous apporte le fait d'être en IEF.

Nous gardons donc les matinée pour le français, les maths et l'anglais, l'après-midi pour tout le reste.
Ensemble, nous avons défini les priorités à travailler en français et mathématiques et les modalités.

jeudi 1 septembre 2016

Nouvelle rentrée: des inquiétudes mais des espoirs aussi.

Après de longue semaines passées à désencombrer, ranger, mettre en cartons, déménager, déballer les cartons et ranger encore, me voici enfin la tête hors de l'eau et prête à reprendre la plume de ce blog, mais depuis Lyon, cette fois!

Une nouvelle rentrée nous attend, au bout de ces vacances bien chahutées par notre changement de vie. Pour Clémence, ce sera la 5ème, dans un nouvel établissement (j'ai en tête depuis longtemps déjà de vous faire un petit billet sur son entrée dans l'enseignement classique..) et pour Pauline, encore une année d'IEF avant, sans doute, une entrée en 6ème à la rentrée prochaine.

Cette rentrée, pour nous, parents IEF s'annonce toujours sous la menace d'une liberté restreinte par la loi votée au parlement en juillet. Ce mois de septembre, ce sont les sénateurs qui vont se pencher sur ce texte.
D'ores et déjà, des parents engagées tentent de rencontrer un maximum de sénateurs pour leur expliquer la réalité de l'IEF et la nécessité d'une souplesse dans les contrôles, d'une ouverture d'esprit des inspecteurs. Pour que la liberté d'instruction dans notre pays ne soit pas un vain mot, chacun peut écrire à son sénateur pour l'alerter sur la situation. Le site de l'association Les enfants d'abord propose une lettre claire et bien argumentée que l'on peut reprendre telle quelle.

Mais d'une autre côté, la bonne surprise de cette rentrée, a été d'entendre ce matin sur France Inter Céline Alvarez invitée de la matinale à l'occasion de la sortie de son livre "Les lois naturelles de l'enfant".



Bien sûr, sur un temps aussi court, Céline Alvarez ne pouvait pas tout expliquer, mais le présentateur, visiblement impressionné, lui a laissé le temps de parler et des millions de personnes auront entendu que le système scolaire actuel est inadapté au rythme de l'enfant, qu'il faut faire profondément bouger les manières d'enseigner.
Maria Montessori a initié, il y a plus de 100 ans, une manière de travailler avec les enfants, basée sur sa seule observation scientifique et guidée par la confiance et la bienveillance. Les neurosciences valident actuellement tous ses choix et Céline Alvarez est aujourd'hui une sorte de caisse de résonance entre cette merveilleuse pédagogie "nouvelle" centenaire et la voix des scientifiques comme Stanislas Dehaene.

Le mouvement de révolte sourd contre le carcan de l'éducation nationale s'enfle progressivement. Voici une dizaine d'année que le mouvement à commencer à s'infiltrer, que, clandestinement, des professeurs des écoles tentent d'instiller la pédagogie Montessori au sein de leurs classe.
Il y 5 ans, quand je faisais mes premières conférences sur la pédagogie Montesori, il n'y avait que quelques enseignants dans mon auditoire. Ces dernières années, ils représentaient presque 100%!
Internet et l'expérience de Céline Alvarez leur a permis de se rendre compte qu'ils n'étaient pas seuls, ils ont pu échanger, partager, se soutenir.
Très marginal, ce mouvement de fond encore minoritaire tend à prendre de l'ampleur et c'est tant mieux! Quand j'ai créé l'Ecole Montessori d'Angers, je voulais pouvoir utiliser cette pédagogie telle qu'elle a été prévue, sans contrainte institutionnelle de la part de l'Education Nationale et je ne regrette pas ce choix, même si la loi française fait tout pour rendre la vie des école hors contrat compliquée et que l'argent est un réel problème.

Aujourd'hui, je vois tous ces professeurs des écoles qui veulent faire autrement et se tournent vers la pédagogie Montessori. Certes, il ne leur est souvent pas possible de l'appliquer en totalité, surtout à partir de 6 ans car l'administration ne leur simplifie pas la tâche (programmes, classes d'âges, récréations, normes sécuritaires...) mais je pense qu'il faut soutenir ces collègues et les aider à développer une autre manière d'enseigner.
Développer la connaissance sur le matériel Montessori, oui, mais surtout faire connaître la philosophie. Car c'est elle qui est la clef, plus encore que le matériel, elle qui colle au développement harmonieux de l'enfant, elle qui permet de créer ce terreau fertile, dans lequel l'enfant, graine d'adulte, va développer rameaux et racines de son savoir mais aussi de sa personnalité.

J'ose croire, qu'en cette rentrée 2016, nous sommes aussi à l'aube d'un changement de masse initié par la base (le meilleur des changements). Qu'enfin le mouvement de l'alternative a atteint une masse critique pour être capable de provoquer une bouleversement dans les esprits.
De même qu'il nous faut faire la transition énergétique pour notre propre survie, il nous faut enfin réaliser la transition éducative. Je l'appelle de tous mes vœux depuis fort longtemps (avant même d'avoir quitté l'Education Nationale!) et j'espère plus que jamais pouvoir faire partie de ces passeurs d'expérience pour aider tous les collègues qui sont en recherche, ici, à Lyon, mais aussi dans toute la France grâce au web.

Alors, en ce 1er septembre, je vous souhaite à tous une bonne rentrée, ou non-rentrée pour tous les parents IEF, en espérant que nos inquiétudes pour l'IEF ne seront bientôt qu'un mauvais souvenir et en espérant que les méthodes alternatives, maintenant validées par la science, se répandent de plus en plus!

lundi 27 juin 2016

Multiplier un entier par un décimal I: construire le damier décimal

Pauline sait multiplier un décimal par un entier depuis l'année dernière. la manipulation est simple: à l'aide des petites perles écrasées, il suffit de prendre un certain nombre de fois la quantité demandée. Voici un exemple réalisé à l'école il y a quelques années:


Maintenant, nous voulons amener l'enfant à réaliser l'opération inverse: multiplier un entier par un décimal.
Certes, nous pourrions dire simplement à l'enfant que, comme la multiplication est commutative, 4 X 0,25 et 0,25 X 4 c'est pareil. Mais, comme je vous l'ai dit au sujet de la multiplication par une fraction, en Montessori, on ne donne jamais de "recette" toute faite tant que l'enfant n'a pas expérimenté et compris la notion.
Nous allons donc construire une progression pour que l'enfant intériorise ce qui se passe quand on multiplie par une quantité décimale et observe le placement de la virgule avant de lui donner la fameuse recette.

La première chose que nous allons faire, c'est construire avec lui le 1er outil qu'il va utiliser: le damier décimal.

mercredi 22 juin 2016

Pour que l'IEF reste ce riche terreau fertile de l'éducation, mobilisons-nous et défendons la Liberté d'instruction!

Image trouvée sur ce site


Voilà un moment que cet article me trotte dans la tête et que je n'arrive pas à l'écrire. Mais l'enjeu est trop important, alors tant pis si la forme n'est pas ce que j'attendais!

Récemment, sur ce blog, j'ai relayé la proposition de loi d'Eric Ciotti tendant à interdire l'IEF et à soumettre à autorisation l'ouverture des écoles hors-contrat. Un texte tellement énorme quant à l'IEF qu'il y avait bien des chances que, comme d'autres auparavant, il ne passe pas l'étape du projet.

Mais nous ne savions pas, alors, que l'IEF était sous la menace d'un danger bien plus proche et bien plus immédiat. En effet, c'est au sein même du ministère de l'Education Nationale, que se préparait le coup le plus meurtrier...
Lorsque Jules Ferry, (un homme pourtant pas particulièrement commode ni souple) a fait passer ses lois scolaires en 1882, il s'est bien gardé de rendre l'école obligatoire, seulement l'instruction. Pourtant, il rêvait d'une école qui forme de bons petits soldats républicains et que la France en finisse une bonne fois pour toute avec les régimes monarchiques. Malgré tout, la liberté individuelle restait encore supérieure à ce rêve et le choix des modalités d'instruction est donc resté aux parents, conformément à la Déclaration des Droits de l'Homme.
Jusqu'en 1998, les parents jouissaient donc d'une magnifique liberté concernant l'instruction de leurs enfants et ils avaient aussi la liberté de se regrouper en écoles informelles et familiales. Il a fallu la malheureuse histoire des enfants de la secte Tabitha's place pour que Ségolène Royal réagisse une fois de plus sous le coup de l'émotion (elle avait fait de même avec la règlementation des sorties scolaires...) et prenne une série de mesures visant à contrôler plus étroitement ces quelques enfants qui ne fréquentaient pas les écoles déclarées. Les écoles parentales non déclarées ont été les grandes victimes de cette mesure, mais, globalement, les parents ont pu continuer à instruire leurs enfants en suivant la pédagogie et la progression qui leur convenait.

Certes, tous les ans, les parents sont contrôlés pour voir si leurs enfants reçoivent un enseignement effectif qui leur permette d'arriver au socle commun des compétences, mais jusqu'à présent, les inspecteurs viennent au domicile de l'enfant et, pour juger de l'instruction reçue, les parents peuvent s'opposer à ce que l'enfant subissent une batterie de tests, surtout si la pédagogie utilisée à la maison est très différente de celle de l'Education nationale, et d'autant plus si l'enfant a eu un vécu scolaire  douloureux et que les tests ravivent des blessures parfois très importantes.


Aujourd'hui, les conditions d'IEF se retrouvent sérieusement menacées.
Face au nombre grandissant d'enfants instruits en IEF, les inspections académiques avaient déjà tendance à convoquer de plus en plus les familles dans des établissements scolaires ou les inspections, surtout pour les enfants en secondaire. On imagine bien l'intérêt de la chose pour les inspecteurs. Mais l'intérêt de l'enfant et, plus largement, des familles? Outre la difficulté de transporter les outils pédagogiques, que dire du stress de l'enfant dans ces conditions?
Jusqu'à présent, les familles pouvaient refuser la convocation et demander une inspection au domicile. Ça se passait plus ou moins bien, mais les familles étaient dans leur droit.
Aujourd'hui, le ministère veut laisser le choix du lieu de contrôle à la seule inspection académique. Pire encore, au cas où le parents refuseraient à 2 reprises un contrôle, ils se verraient notifier une injonction de scolarisation...

Mais ce n'est pas tout!
Dans la plupart des cas, les familles qui choisissent l'Instruction en Famille ne souhaitent pas faire "l'Ecole à la Maison". Autrement dit, même si elles travaillent parfois avec des outils classiques, l'une des premières raisons du choix de l'IEF est de suivre le rythme de l'enfant.
C'est pour cela qu'elles font majoritairement le choix d'une pédagogie différente de celle de l'Education Nationale. Or qui dit pédagogie différente, dit outils différents et progression différente, ce qui ne veut pas dire que les enfants ne sauront rien à la fin, bien au contraire.
Le texte qui régit nos obligations se base sur l'acquisition du socle commun des compétences. Un texte relativement vague qui laisse une assez grande liberté sur la manière de le mettre en œuvre. Or les inspecteurs ne connaissent bien souvent qu'une seule manière de vérifier ces compétences: les exercices de la pédagogie classique.

Dans la situation actuelle, on rencontre bon nombre d'inspecteurs plutôt ouverts et capables d'évaluer le travail d'un enfant avec d'autres lunettes que celles des exercices de leurs livrets d'évaluation standardisés. On rencontre bien des inspecteurs très obtus qui ne jurent que par les tests écrits, mais il est possible, pour les parents qui le souhaitent, de s'opposer à ces personnes et de demander un autre type d'évaluation. Parfois les inspecteurs refusent de respecter ce droit des parents et les choses peuvent aller jusqu'au tribunal.

Aujourd'hui, pour couper court aux situations litigieuses, la Ministre de l'Education a décidé de simplifier le problème et de mettre fins aux procès qui opposent les familles aux Inspecteurs académiques en rendant simplement les tests systématiques!

Cette décision est totalement liberticide! Certes, l'IEF n'est pas soumise à autorisation comme le souhaitait Eric Ciotti, mais on la musèle, on lui enlève ce qui fait sa spécificité et sa richesse. On impose aux enfants de se soumettre encore et toujours à la pédagogie classique.

Pourtant, la Déclaration des Droits de l'Homme est claire:

« Les parents ont par priorité le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. »
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, 1948, article 26-3.
« Nul ne peut se voir refuser le droit à l’instruction. L’Etat, dans l’exercice des fonctions qu’il assumera dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement, respectera le droit des parents d’assurer cette éducation et cet enseignement conformément à leurs convictions religieuses et philosophiques. »
Protocole additionnel à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, 1952, article 2, protocole n°1.
« La liberté de créer des établissements d’enseignement dans le respect des principes démocratiques, ainsi que le droit des parents d’assurer l’éducation et l’enseignement de leurs enfants conformément à leurs convictions religieuses, philosophiques et pédagogiques, sont respectés selon les lois nationales qui en régissent l’exercice. »
Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne, 2002, Article 14-3.

L'IEF n'est pas un copié-collé de l'école. L'Education Nationale (dont j'ai fait partie pendant 12 ans) n'a pas le monopole de l'apprentissage et du savoir. On peut avoir atteint des compétences du socle commun sous une autre forme que celle que l'on retrouve dans les exercices scolaires!
L'Education Nationale ne semble capable de voir qu'à travers son propre moule. Mais qu'elle commence par faire sa propre évaluation!
Quand 25 % des élèves sortent avec des acquis fragiles du primaire et 15% sont en très grande difficulté, que ces chiffres ne baissent pas (loin de là) depuis des années et des années, il serait bon qu'elle change enfin de lunettes pour voir le monde. Qu'elle entende les neuro-scientifiques, qu'elle arrête de mettre des bâtons dans les roues de ceux qui essayent de rendre le système plus efficient (les enseignants Freinet, Céline Alvarez...), voire même qu'elle se ressource dans les expériences des écoles alternatives et des parents IEF (rêvons...)!!

Mais non, au lieu de résoudre ses propres problèmes, L'Education Nationale préfère passer beaucoup de temps à réglementer la situation de 0,03 % d'enfants (les enfants en IEF hors CNED). Et sur cet infime pourcentage d'enfants, un député de la majorité avoue lui-même en Commission Spéciale que les problèmes, "sont des cas infimes".
Mais leur problème, c'est que, bien que très marginale, l'IEF progresse ces derniers temps. Rendez-vous compte, plus 30% ces dernières années, affirme le ministre Patrick Kanner, dans cette même Commission Spéciale. Et visiblement, ce "raz-de marée" (0,03 % d'élèves, on le rappelle) les agace, voire même leur fait peur...
C'est qu'en la matière, le gouvernement peine à accepter l'effectivité de la liberté de l'instruction. Qu'une poignée "d'hurluberlus" échappe à l'école traditionnelle, c'était déjà tout juste supportable, mais si en plus ce nombre augmente!...

Malgré les paroles apaisantes de la Présidente de la Commission spéciale sur le fait que la liberté d'instruction n'est nullement remise en cause, le discours de Mr Carpentier est extrêmement révélateur d'un courant de pensée dominant. Je vous laisse en découvrir la teneur translittérée par mes soins:
"Je souhaite que la norme pour notre pays soit un maximum de scolariser nos enfants, donc, ça doit être un effort chaque jour de notre système scolaire; c'est pour ça qu'on a fait la refondation de l'école. Il faut que l'école réponde aux questions. Après, il y a le droit des familles, qui doit être strictement contrôlé. Et au vu des chiffres donnés par le ministre, je suis satisfait de la proposition que fait le ministre aujourd'hui. Elle est claire, elle est nette, et j'en suis très content."

On voit bien que le rêve de ce monsieur est de ramener dare-dare tous ces enfants qui lui échappent dans le giron de l'école. Ça doit même être "un effort de chaque jour" ! On dirait vraiment que cela lui fait mal que des enfants puissent apprendre en dehors de l'école. Et s'il ne peut pas ouvertement contester le droit des familles, on sent nettement la volonté de contrôler très étroitement.

Et c'est là le maître mot, à mon avis. C'est là la maladie de ce siècle et de ce gouvernement. Vouloir tout contrôler, mesurer, faire rentrer dans le moule... Tant est si bien que l'humain passe à la moulinette!

Ce texte m'a tout l'air, encore une fois, d'être un texte de réaction. Un texte dictée par la peur, peur de l'autre (la référence à la radicalisation apparaît dans les motivations du texte), peur d'une manière de faire et de penser différente... Le tout enrobé dans un discours fédérateur autour de l'égalité et de la citoyenneté.

Mais c'est surtout un texte inspiré par la volonté de mettre tout le monde sur le même plan, de nourrir tout le monde à la même soupe. Mais c'est oublier que l'humain est divers, multiple. C'est oublier que nos grands penseurs, nos grands scientifiques, ceux qui ont fait changer le monde, étaient tout sauf des gens dans le moule!! Ce texte me fait penser à un insecticide ou un pesticide qu'on répand dans un champ. Exit les mauvaises herbes, exit les coquelicots, exit les pollinisateurs! Pourtant, quoi de plus beau qu'un champ de blé avec des coquelicots ?

Nous, les parents IEF et les éducateurs des écoles alternatives, nous sommes les herbes folles, les coquelicots du champ de blé de l'éducation. Je vois bien que, depuis quelques temps, maintenant, de plus en plus d'enseignants eux-mêmes étouffent dans le carcan normatif de l'Education Nationale (d'ailleurs, je ne veux plus y remettre les pieds).
Ils viennent se ressourcer auprès de nous, qui proposons un modèle différent. Mais vu du ministère, cette réalité n'existe pas. On préfère se payer de mots, faire mine que l'IEF est dangereux et ne surtout rien faire pour améliorer le système scolaire...

J'ai conscience que mon billet part un peu dans tous les sens. C'est que j'ai tellement de choses qui me viennent que je ne sais comment tout rassembler dans un tout cohérent.
Mais d'autres sur la toile ont écrit très bien sur ces thèmes.
Je vous invite particulièrement à aller lire le très beau (et impertinent) billet de Bernard Collot ainsi que les nombreux articles d'Isa Lise.
Et comme tout n'est pas encore joué, si vous aussi vous estimez que la liberté d'instruction doit être défendue, que vous la pratiquiez ou non, que vous soyez parent ou enseignant, n'hésitez pas à signer la pétition de Colect'IEF.

vendredi 10 juin 2016

Pyramide alimentaire

Il y a quelques temps, Pauline m'a demandé à ressortir un matériel que j'avais fabriqué il y a longtemps pour la classe. Il s'agit d'une pyramide alimentaire.
L'idée de fabriquer ce matériel m'était venue à l'époque en écoutant parler les enfants entre eux de ce qu'ils mangeaient. Des réflexions de quelques filles à propos d'aliments "à ne pas manger" ou "qui font grossir" m'avaient convaincue que les choses étaient très embrouillées dans leur tête et qu'il fallait clarifier cela.
En complément de leur travail sur le système digestif, j'avais donc préparé un matériel sur la fameuse pyramide alimentaire.
L'idée de base était de ne diaboliser aucun aliment mais d'insister sur le rôle que joue chacun d'eux et sur l'idée de proportion à respecter entre groupes d'aliments.





Lors de la présentation, comme pour un grand récit, j'ai sorti l'affiche renseignée. En 6-12, le point commun des "leçons", c'est de partir d'une question, d'une interrogation qui puisse intriguer les enfants. Par exemple: "Nous avons vu que notre corps avait besoin que nous avalions des aliments pour que le système digestif puisse extraire les minuscules éléments nécessaires à la vie de nos cellules, les nutriments. Mais, à votre avis, est-ce qu'on trouve toutes les sortes de nutriments nécessaires dans n'importe quel aliment?"
Les enfants expriment un peu leur avis, des connaissances et des croyances émergent. Nous pouvons donc utiliser l'affiche pour trouver la réponse à notre question. Je fais observer chaque étage de la pyramide aux enfants. Les grands types d'aliments sont nommés ainsi que leur importance pour notre santé.
Par exemple, pour l'eau: " Notre corps est composé à 70% d'eau. L'eau n'est pas un aliment mais elle est absolument indispensable à notre vie et permet à nos cellules d'utiliser l'énergie des nutriments. Nous perdons régulièrement de l'eau par la transpiration et l'urine. Il faut donc chaque jour apporter de l'eau à notre corps pour l'hydrater, c'est à dire, maintenir le bon niveau d'eau dans nos cellules."

La pyramide proposée inclut les protéines animales, mais lors de la présentation, on indique que certaines personnes choisissent de ne pas en consommer et on explique brièvement comment certaines catégories d'aliments (les légumineuses, essentiellement) peuvent compenser.
Quand tous les étages ont été vus, on regarde la forme triangulaire de la pyramide pour en comprendre le sens.